Quand la bienveillance noie nos organisations

3/27/20262 min read

Depuis quelques années, la bienveillance s’est imposée comme une valeur repère.
Elle est devenue un marqueur culturel fort, presque un étendard des organisations soucieuses du bien-être de leurs collaborateurs.

Mais à force d’être invoquée, parfois galvaudée, la bienveillance ne s'est elle pas refermée comme un piège ? Et si, paradoxalement, trop de bienveillance finissait par nuire… à la bienveillance elle-même ? et donc à nos entreprises.

La dérive silencieuse de la bienveillance

De nombreuses entreprises ont voulu instaurer des environnements plus inclusifs, plus souples, plus à l’écoute. Une intention louable, nécessaire parfois. Mais la dérive s’installe lorsque la bienveillance devient un principe absolu, un dictat déconnecté de toute exigence ou cadre structurant.
La bienveillance cesse alors d’être une posture juste pour devenir une forme d’évitement : éviter le conflit, éviter le recadrage, éviter la décision difficile.

Quand l’organisation n’est plus contenante

Une organisation saine n’est pas seulement un espace d’écoute et de soutien. C’est aussi un cadre. Un cadre qui protège le collectif, qui pose des limites, qui régule les comportements.

Or, sous couvert de bienveillance, certaines organisations renoncent à jouer ce rôle de contenant.

Prenons un cas concret : un collaborateur adopte des comportements problématiques — non-respect des règles, attitude malmenante voire violente, désengagement manifeste. Plutôt que de recadrer clairement, voire de sanctionner si nécessaire, l’organisation entre dans une logique d’adaptation excessive.

On multiplie les entretiens compréhensifs
On cherche des causes profondes.
On propose des aménagements.
On va jusqu’à construire un poste “sur mesure” pour éviter la confrontation.

L’intention est empathique. Mais le résultat est souvent contre-productif.

Les effets pervers d’une bienveillance mal placée

Un sentiment d’injustice chez ceux qui respectent les règles

Une perte de repères : si tout est toléré, plus rien ne l’est vraiment

Un management fragilisé, qui n’ose plus recadrer

Un collaborateur desservi, privé de feedback structurant

Réhabiliter une bienveillance exigeante

La véritable bienveillance n’est pas l’absence de cadre. Elle est au contraire indissociable d’une forme d’exigence.
Être bienveillant, ce n’est pas éviter le conflit.
C’est oser dire, avec respect, ce qui ne va pas.
C’est poser des limites claires.
C’est tenir un cadre sécurisant pour tous.
Cela implique de réconcilier deux dimensions souvent opposées à tort :

L’attention à l’autre
La responsabilité vis-à-vis du collectif

Recadrer, sanctionner si nécessaire, prendre une décision difficile : ce sont des actes inconfortables, mais essentiels.
La transformation des organisations ne peut pas reposer uniquement sur des valeurs “douces”. Elle nécessite aussi des fondations solides : des règles claires, une responsabilité partagée, et une capacité à agir quand les limites sont franchies.
La bienveillance n’est pas un refuge.
C’est une posture exigeante. Et c’est précisément cette exigence qui lui redonne toute sa valeur.
Comment votre organisation accompagne les rh, les managers à incarner cette posture ?
Et si vous en faisiez un sujet de discussion ou de sensibilisation dans vos entreprises ?

Cadres face à la charge mentale : prévenir plutôt que guérir

J'ai eu le plaisir d'être invitée par Daniel Petrucci sur le plateau de la Cfe CGC Paca pour parler de la charge mentale des cadres, cette charge invisible dont on parle de plus en plus.